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Catorze de Julho Sangrento

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Zo d'Axa
(Original em Francês)


O texto abaixo foi publicado na Revista L’Endehors N°62, publicada em 10 de julho de 1892.



Ne parlons plus de la Bastille, s’il vous plait, ni même de la misérable famille Hayem qui, il y a deux ans, choisissait pour mourir l’instant où la bourgeoisie et les ivrognes du peuple célébraient le 14 Juillet. Avec des effets larmoyants panachés d’images faciles !

Ne causons que des bastilles qui restent… Parlons simplement de la Fête ; et, puisque les satisfaits préparent déjà les girandolles, faisons réfléchir les gueux à quelqu’autre feu de joie imprévu.

Point n’est besoin d’avoir l’âme grise d’un blasé décadent pour n’aimer guère nos ternes réjouissances publiques. Mesquines les lanternes vénitiennes, et bombes ! Point n’est besoin, pour souhaiter mieux, d’avoir l’âme rouge de Néron.

Il suffit de sentir l’affront de ces fanfares aux sonneries fausses d’allégresse, éclaboussant les silencieuses souffrances et lançant le défi aux révoltés.

Dans les taudis, sombres tombeaux où les parias sans pain ont des attitudes résignées de mort, les bruits de fête pénétreront – claquant comme des gifles. Et des hors-la-loi se lèveront, décroisant leurs bras si longtemps serrés sur leurs poitrines maigres. Et ces réveillés seront de la Fête.

Peut-être illumineront-ils les quartiers ? Qui sait ? Mais ils fuiront leur triste gîte, ils déambuleront dans la ville cinglés toujours par la gaîté grouillante ; ils iront, de la haine dans le sang.

Si l’occasion inconsciemment cherchée se présente, ils pourront bien, les mauvais gars, corser le programme de la journée.

On songera que les 1er Mai sont moins faits pour inciter aux actes que cet insolent 14 Juillet. Car non seulement la provocation est flagrante, mais c’est plus qu’une ironie bourgeoise. C’est l’enlisement des foules imbéciles que l’avachissement rend complices.

En avant la musique ! Orchestre et flonflons. C’est une soûlerie qu’on paie au peuple. Le spectacle est pénible et laid Tout nous flagelle.

Un acte aurait une signification haute et une retentissante portée.

Cependant les seigneurs de ce temps s’occupent avec sérénité à mettre tout au point pour représenter le pays en liesse. S’il est un jour de l’année, où ils tremblent moins à l’idée des réfractaires qui les guettent, c’est le jour de la fête nationale.

Les soldats sont en permission, les sergents de la ville ne rôdent pas sur les trottoirs. La bourgeoisie qui veut faire ses grâces, un instant, ne tient plus ferme en sa main, le bouclier de fer qui la protège.

On pourrait facilement viser…

Certes des convictions sont assez ancrées dans des cerveaux têtus, des impatiences sont trop vives pour qu’on choisisse uniquement les époques fixes, fatidiques. Chaque jour est bon pour décocher un trait.

Mais ne faut-il pas surtout qu’aux moments où les repus font la noce, surgissent quelques trouble-fête ?

Et ne rêvons pas loin du possible. Pratiquement, chacun sur sa route.

Il serait bon qu’on comprît ceci : les déshérités, les maudits, ne doivent pas nécessairement avoir tous l’invincible énergie des lutteurs légendaires, Qu’ils aient au moins de la rage au cœur !

Les plus hardis courront aux audacieuses besognes. Les énervés feront la bataille moins belle mais également implacable. Tous, tous agiront pour blesser l’éternelle ennemie. Il y aura des cataclysmes sans doute, et ainsi de venimeux coups d’ongles.

Donc vive le 14 Juillet ! Et dans la rue ! Les camarades – même les timides. Tout est bien qui frappe ou qui pique. Rien ne vous force d’allumer des mèches courtes à des ferblanteries tragiques. Votre bras n’est peut-être pas prêt, votre main n’est pas sûre encore.

Passez, passez sans risquer votre tête, dans la cohue que vous détestez. Condoyez-les les braves ouvriers aux redingotes battant neuf, frôlez les bonnes citoyennes aux attifements endimanchés. Tout ça remue en mouvement qui vous heurtent, tout ça chante des refrains qui vous font mal. Tant mieux ! Vous pourrez, si cela vous distrait, vous pourrez marquer la foule vile comme avec le sceau d’infamie. Vous poinçonnerez les habits de fête du bout brûlant de vos cigarettes.

Et laissez dire… Ayez dédain pour les brutes qui les poings fermés clameront que vous êtes des lâches. Vous vous entraînez, voilà tout. Demain vous irez plus loin. Aujourd’hui faites n’importe quoi ; mais que vos rancunes vivent et mordent.

La lâcheté c’est l’inaction. Exercez-vous ! Et ne soyez pas tristes de sentir encore certaines craintes. Sans ces craintes-là nous serions trop à faire danser des palais. Du reste les splendides palais pourront fort bien danser quand même.

Les compagnons résolus, sûrs d’eux-mêmes et prêts à tout ne sont pas en vain à l’affût. Ils concevront l’énorme effet d’un coup de foudre tonnant sur la fête. Ils imagineront la grandiose flambée digne de clore les divertissements. Ils allumeront l’apothéose.

Avec les jeux du cirque, autrefois, les maîtres donnaient du pain. Pour les esclaves de notre époque, même aux heures de fêtes publiques, c’est la famine encore, toujours.

La société qui nous opprime et laisse des hommes mourir de faim a beau sentir la culbute proche, elle tient à ses anniversaires. La France veut sa Nationale.

Dans d’autres pays sauvages, les réjouissances se complètent souvent par quelques sacrifices humains. Cette année nous aurons le nôtre.

Sur les manchettes empesées de Behanzin-Carnot il y aura du sang de Ravachol. Ce sang rougeoira-t-il seul l’insipide 14 Juillet.


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